Les spécialistes (pas tous) s'accordaient sur la réalisation de phénomènes qui pouvaient mener à une catastrophe. Déjà cinquante ans plus tôt, et même avant, de telles manifestations avaient été enregistrées, mais sans gravité...
Et même vingt-trois ans auparavant, les habitants de la grande Ville virent des signes. "Kouyonnad, dirent-ils dans leur dialecte, lavil-la ka fè lajan, i pé fè lajan ankò !" (Balivernes ! La ville est prospère, qu'elle continue de prospérer !)
Ces mêmes phénomènes se reproduisirent alors vingt-trois ans après. "Tchip, nou za wè sa !" (Peuh, du déjà vu !) Certains, plus avisés, envisagèrent de partir sur-le-champ pour rejoindre l'autre Ville.
"Vous n'allez pas tout de même déserter la ville quelques jours avant une élection ? Citoyens, je compte sur votre esprit civique, revenez !" Pour rassurer les populations, le Gouverneur et son épouse vinrent en personne s'installer dans la grande Ville. La veille, la gazette locale titra : AUCUN DANGER POUR LES HABITANTS. "Ou wè, dirent ces habitants à leurs épouses, pani pwoblèm, yo ékri sa asou jounal-la..." (Tu vois, rien à craindre, c'est écrit dans le journal"...)
Le lendemain matin, vers six heures : "Tan-an ké bèl jòdi-a. Es ou télégwafyé ba kouzen lòt lavil-la ? Nou pé ké rété an kay-li..." (On dirait qu'il va faire beau, aujourd'hui... As-tu pensé à télégraphier au cousin de l'autre ville pour savoir s'il a de la place pour nous loger ?)
Huit heures. Des tonnes de gaz, roches et cendres portés à 2000 degrés s'abattirent sur la grande Ville et tuèrent les 30 000 habitants. En deux minutes.
Pour le monde entier, la grande Ville ne répond plus.


