L'heure a été, avec le confinement, au DIY (do it yourself), c'est-à-dire au faîtes-le-vous-même, bricolage avec les moyens du bord. Le comble ayant été atteint par les tutos (c'est bobo à mort, les tutos) expliquant comment fabriquer des masques sanitaires avec des protections Vania... Là, on touche le fond (de culotte).

Dans un tout autre registre, Umberto Eco écrivit en 1988 un texte intitulé Do your movie Yourself (en anglais dans le texte italien), publié en français en 1992 dans Pastiches et Postiches (10/18). Sachant qu'on reconnaît de loin, par la trame et les éléments spatio-temporels, le réalisateur d'un film, Eco nous donnait les clés pour fabriquer chez soi son Godard ou son Antonioni.
De même, il n'est pas difficile de fabriquer "son" Claude Sautet ou "son" Robert Guédiguian. Ou "sa" chanson de Renaud, etc.
Revenons à nos moutons confinementiels. La situation a fait Mr. Liste regarder un épisode de série par jour (" Quoi ? On croyait qu'il rédigeait un blog ?"). Pas les séries Netflix, je n'en connais aucune, mais les Maigret (avec Bruno Cremer, les meilleurs), et les Magellan (avec Jacques Spiesser).
DIY pour un Maigret crémérien : des tons marrons, beigeâtres, tirant bien sur le jaune, des costumes pied-de-poule. Des hôtels, partout : pensions de famille en Province (facile, on a tous les suspects au même endroit, c'est vieux comme Agatha Christie) ou hôtels de passe près de la gare du Nord ou encore garnis (les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître). Témoins ou non-témoins qui savent tout mais ne diront rien (Maigret/Cremer : "mais vous allez parler, bon sang ! Vous vous êtes bien foutus de ma gueule !"). Volets entrouverts, pans de rideau qui se soulèvent, vieilles filles acariâtres mais pleines aux as, maris soumis à leur femme, maîtres chanteurs... "Vous voulez un porto, commissaire ? ou alors un café ?" - Va pour le café. - Alors, vous en pensez quoi, commissaire ? - Oh, moi, vous savez... [long silence] Je n'en pense rien..."

LA RUE QUINCAMPOIX EN 1932, PAR BRASSAÏ
DIY pour un Magellan : une ville du Nord qui s'appelle Saignac (bon, vous avez déjà vu une ville en -ac dans le Nord ??) Vue aérienne récurrente de Saignac. Un notable (le notable) assassiné alors qu'il travaillait le soir tard dans son bureau. La grande propriété où habite ce dernier. Le réseau des amis du notable : "je vous préviens, commissaire, que je ne supporte plus vos insinuations" (disent-ils çà dans la vraie vie ?) L'adultère découvert ou avoué (il y en aura d'autres). Le projet immobilier du promoteur véreux, lié à un testament remanié deux jours avant le meurtre... Un deuxième meurtre. Le secret de famille (enfant caché...). Etc., ad nauseam. Et comme dans toute les séries françaises, le commissaire/le juge, forcément divorcé, qui rentre le soir chez lui en disant à sa fille (ces gens là n'ont que des filles, pas de fils...) : "çà s'est bien passé, au lycée, ta journée, ma grande ?"
C'est bien, le confinement... ♦
Commentaires
Mon goût pour les séries policières se porterait davantage sur "les petits meurtres d'Agatha Christie" sur la 2. Série vintage avec le très séduisant Samuel Labarthe en commissaire Swan Laurence. Sans oublier les deux acolytes féminines de ce commissaire misogyne !
Je crois avoir déjà lu cet article précédemment sur le blog…
Quelle est cette rue?
Oui, à la suite d'une erreur de manip, l'article est paru brièvement le 2 mai, incomplet et non mis en page.
Quand à la photo de Brassaï, c'est la rue Quincampoix en 1932.
Ce ne serait pas la rue de Nantes dans le 19ème ou 18ème ? puisqu'on y voit l'hôtel de Nantes.