Cette période de confinement est l'occasion (je l'espère) d'abandonner les pratiques addictives et infantiles (télévision, Netflix, réseaux "sociaux"...). J'aurais pu citer le football et les soirées dans les bars bruyants, mais le virus a eu momentanément la peau de ceux-ci...
Lecture et silence !
Dans un ouvrage paru il y a peu (Otium - Art, éducation, démocratie, Actes Sud, 2020), Jean-Miguel Pire montre combien la redécouverte du loisir studieux peut nous émanciper, et se demande "comment la République peut aider chacun à jouir d'un otium fécond pour lui-même et pour sa contribution au bien commun".
L'otium a pour contraire le negotium, qui a donné négoce. Non seulement la rêverie, l'étude et la contemplation gratuites n'ont plus de place dans notre monde globalisé, mais elles n'ont jamais été jugées utiles au pays de Descartes. Mais un virus peut-il mettre fin à la mondialisation ?
Jouissez, vous aussi, d'un otium fécond (sans tomber enceinte) !
Voyage donc, dans ma "bibliothèque amoureuse" :
- Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre et Mémoires d’Espoir, Plon.
J’ai constitué cette belle collection (trois tomes pour la Guerre, deux pour l’Espoir) petit à petit grâce aux bouquinistes. Tomes qui sont tous brochés avec reliure imitation cuir teint en bleu. De Gaulle est, pour moi, non seulement le plus grand homme politique et chef d’Etat, mais aussi le plus grand écrivain du 20ème siècle. Infoutu de pondre banalement que l’on s’invectivait au Parlement, il écrivait : « A l’Assemblée, l’aigreur coulait à flots pressés ».
- Jean Lacouture, De Gaulle, Seuil. Trois tomes (Le Rebelle, Le Politique, Le Souverain).
Pour comprendre de Gaulle, ce drôle de bonhomme. Venant des milieux maurassiens Action Française, il a su évoluer, comprendre son temps, et faire aboutir l’indépendance des colonies (décolonisation), et l’indépendance de la France (les Trente Glorieuses). Salaud de droite pour certains car autoritaire, et « général de Gauche » pour d’autres car anti-libéral, il avait les qualités de ses défauts et inversement. Il a eu l’intelligence de placer son orgueil démesuré dans la France. On ne pouvait pas faire mieux !
- Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Editions de Fallois/Fayard, 1994.
« Alors, Peyrefitte, qu’est-ce que vous leur avez raconté, à vos journalistes ? » Alain (ne pas confondre avec Roger) Peyrefitte était ministre de l’Information du grand Charles. Et a tout consigné : les conférences de presse, mais aussi les Conseils des ministres et les entrevues avec le général. Ce contrôle de l’information peut nous surprendre, mais il ne faut pas oublier que de Gaulle n'était entouré que de crapules… car il n’y avait personne d’autre ! Les réseaux vichystes, OAS, synarchistes, représentant les puissances d’argent, étaient alors en embuscade… Evidemment, Peyrefitte ne le dit pas comme çà…
⇒ NB : Je n'ai pas envie de voir le film De Gaulle, avec Lambert Wilson. L'acteur, qui a déjà interprété des personnages minces voire secs (l'abbé Pierre, Cousteau), n'a pas la carrure physique pour incarner le Général. Jacques Tati, lui, avait la stature, mais toujours pas la trogne... En fait, il n'y a qu'un de Gaulle, et il ne s'incarne pas.
- Hervé Beaumont, Les aventures d’Emile Guimet, un industriel voyageur, Flammarion, 2014 et Hubert Guimet, Jean-Baptiste et Emile Guimet – La confluence de l’Art, de la Science et de l’Industrie, Editions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, 2018.
Deux livres sur le créateur du musée éponyme dans lequel j’ai travaillé. Le livre d’Hubert Guimet (son descendant) narre également la vie du père d’Emile, Jean-Baptiste, qui est à l’origine de l’empire industriel qui a permis au fils de s’intéresser aux religions exotiques et à l’Orient. Un livre qui a pour cadre la région qui va de Chalôn-sur-Saône à Lyon. A ce sujet, on remarquera le mot « confluence » dans le titre ! L’ouvrage d’Hervé Beaumont est plus centré sur les voyages de Guimet en Orient avec son acolyte Félix Régamey. Ce sont les objets ramenés qui sont à l’origine des musées Guimet lyonnais puis parisien.
- Père Huc, Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Thibet suivis de L’empire Chinois, Omnibus, 2001.
« Le Père Evariste Huc (1853-1860) entreprit en 1841 un extraordinaire périple de cinq années à travers la Mongolie et la Chine – en chariot, en jonque, à dos de mulet, à dos de chameau, sur ses jambes » (extrait du prière d’insérer). Ce père lazariste, avec son acolyte (décidément, à deux on voyage mieux en Orient) Joseph Gabet, va consigner avec minutie les arcanes et le fonctionnement de l’Empire chinois et de son administration. Administration tellement efficace que les autorités seront constamment au courant des déplacements et des intentions des deux prêtres. Très rigolo et plein d’ironie.
- Jacques Vergès, Dictionnaire amoureux de la Justice, Plon, 2002.
On l’aime ou on le déteste, Vergès. Il n’a jamais faibli sur sa ligne politique, quitte à utiliser la mauvaise foi pour la bonne cause ! Il n’est pas tendre avec les réalités de la justice. Présenté, ligne éditoriale oblige, comme un dictionnaire, l’ouvrage se lit comme un thriller (quel vilain mot).
- Jean et Brigitte Massin, Ludwig van Beethoven, Fayard, 1967.
Tiens, c’est drôle, aujourd’hui on dirait « Brigitte et Jean »… Blague à part, enfin une biographie parue chez « Plomb », pardon Fayard, qui est passionnante, malgré ses 845 pages. Devoir pour votre serviteur : faire la liste des livres qui ne se prêtent pas… Le drame de Beethoven, ce n’est pas qu’il était sourd, mais que ses contemporains ne comprenaient rien à la musique ! Les auteurs nous renseignent aussi sur l’histoire des œuvres.
- Wilhelm Furtwängler, Musique et verbe, Albin Michel/Hachette, 1979.
Livre acheté chez un bouquiniste, introuvable aujourd’hui. Furtwängler, le plus grand chef d’orchestre du 20ème siècle, faisait l’objet d’une cabale l’accusant d’avoir appartenu au parti nazi alors qu’il dirigeait l’Orchestre Philarmonique de Berlin durant la Guerre. Cabale orchestrée (elle aussi) par des chefs opposés à ses idées sur la musique, comme Eugene Ormandy ou Herbert von Karajan, authentique nazi, celui-là ! Les idées musicales et intellectuelles de Furtwängler ne sont pas loin de celles de Beethoven : il pense comme lui que le public pose problème en recherchant la virtuosité à tout prix.
- L. Chambadal, Cours pour tous – Calcul et géométrie, Hachette, 1995 (n’est plus édité).
Un usuel pour la géométrie, l’arithmétique, l’arithmétique « commerciale » (je dirais « appliquée ») et les mesures. J’utilise ce livre pour les unités de mesures, les formats normalisés de papier (A4, etc.), les échelles des cartes, les intervalles, les pourcentages, les numéros d’ISBN… Malheureusement (un défaut très français) il manque un index…
- Mark Ovenden, Metro Maps of the World, Capital Transport Publishing, 2003 (régulièrement mis à jour).
Mark Ovenden est le spécialiste, non pas du métro ni des métros, mais des réseaux et plans du métro (vous ne pouvez pas comprendre). Vous aurez remarqué que la géographie ne reflète pas la "réalité du plan" : les lignes ne sont pas rectilignes, les interstations ne sont pas égales, etc. Sinon ce plan ne serait pas lisible, comme disent les sémiologues. Dessiner un plan de métro, c’est donc un métier… Le livre montre qu’en la matière, il y a plusieurs écoles : Paris, Londres, Allemagne, pays asiatiques et Amérique du Nord.

PLAN DU METRO DE MONTREAL
- Véronique Willemin, La Mondaine – Histoire et archives de la Police des Mœurs, Hoëbeke, 2009.
Ce livre, offert par ma tante (pourquoi ?) a pour thème, à travers la Police des Mœurs, un aspect de l’Etat policier qu’est la France, ainsi qu’un sujet bien français : le cul. Ah, le bon temps où les parlementaires croisaient leurs « collègues de bidet » au bordel ! Une illustration montre une archive (une fiche de police) concernant un « amateur », comédien de son état, nommé Michel S. Serait-ce Michel Simon, obsédé notoire ?

- Alain Rey, Frédéric Duval, Gilles Siouffi, Mille ans de langue française – histoire d’une passion, Perrin, 2007.
Cette somme (1465 pages) peut sembler rébarbative à tous ceux qui n’ont pas fait d’ancien français. On n’y parle pas seulement de langue, mais aussi de littérature, des patois, de politique, de francophonie… C’est le roman de la langue française !
A SUIVRE... ♦
Commentaires
Ok Mr.Liste, maintenant que je sais que tu nous quittes pour devenir champouineur ;), peux-tu s'il te plaît nous promettre de poursuivre l'oeuvre écrite de ta bibliothèque amoureuse ?! C'est génial ! J'adore! Je suis une rongeuse de livres devant l'Eternel et tu as le don de parler des livres que tu aimes de manière à nous donner envie de les lire, de les croiser, de les feuilleter, de t'écouter-lire en parler, donc please , ne lâche pas cette rubrique quand tu ouvriras ton salon de coiffure et promets qu'un des murs du salon des tifs sera une grande bibliothèque boisée ;) !!!!!!! Merci !